Vendredi 14 juin 2002

GROS PLAN Cigares, terroir et alsaces



UNE DÉGUSTATION a permis de confirmer les accords entre les volutes puissantes et les vins de notre région. « Tout le monde associe les cigares aux eaux-de-vie, blanches ou brunes, voire à des alcools mutés comme le porto. Je veux montrer qu'il est possible de déguster une vitole dominicaine ou cubaine au cours d'un repas accompagné de vins d'Alsace », confie Frédéric Voné. Ce maître-sommelier, qui exerce À la Cour d'Alsace à Obernai, est parvenu en quarts de finale du concours du meilleur sommelier de France et en finale du Master of Port. Pour lui fumer un bon cigare est un prolongement naturel d'un repas gastronomique. Pour sa démonstration, il avait choisi des vins provenant d'un unique terroir, fait de schistes à Andlau, exploité par Rémy Gresser, lui-même amateur de cigares. Différents cépages de plusieurs millésimes ont été dégustés et associés à des cigares par des professionnels des deux produits. Les vitoles du Honduras ou de Saint-Domingue s'harmonisaient avec des vins minéraux, vinifiés secs, surtout anciens, tel un pinot blanc 1983 et ses notes de fruits secs, florales et végétales ; leurs arômes de poivre se mêlaient agréablement au caractère épicé du pinot noir.

Lutte et harmonie

Pour les cigares plus puissants, les cubains se mariaient idéalement avec certaines vendanges tardives ou sélections de grains nobles : les sucres résiduels de ces dernières, adossés à une belle acidité rafraîchissante et à une complexité aromatique, luttaient à armes égales avec la générosité et la force des cubains. Frédéric Voné, qui espère convaincre les amateurs de bonne chère à prolonger leur périple gastronomique par un cigare, a déjà séduit un cercle d'initiés de la région qui se retrouvent au sein du club de cigares Le Fumoir des Mousquetaires pour partager, non seulement leur amour de la fumée, mais aussi fêter la gastronomie et Bacchus. Ses membres dégustent des cigares à l'aveugle, au Lucas Bar où les humidors renferment 300 modules provenant de quinze variétés, et tentent de les associer avec un mets et un cépage. Interrogé sur les répercussions de la fumée sur les papilles gustatives, le sommelier précise qu'il « fume le cigare depuis l'âge de 15 ans. Avec mes pourboires, j'allais m'acheter des cigares à la civette. Le cigare n'a pas altéré mes sensations gustatives ou organoleptiques. Mais j'évite d'en fumer avant de déguster un vin ». Il estime que cela ne l'empêche pas de disposer de tous ses moyens d'analyse pour participer aux concours. Il se prépare d'ailleurs pour celui du Meilleur ouvrier de France tout en continuant à postuler au titre de meilleur sommelier de France.

Des cigares de différentes origines ont été confrontés à des cépages issus du terroir schisteux d'Andlau afin de dégager une association qui s'harmonise avec un repas.

Thierry Gachon

Alvezio Buonasorte
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