UNE DÉGUSTATION a permis de confirmer les
accords entre les volutes puissantes et les vins de notre région. «
Tout le monde associe les cigares aux eaux-de-vie, blanches ou
brunes, voire à des alcools mutés comme le porto. Je veux montrer
qu'il est possible de déguster une vitole dominicaine ou cubaine au
cours d'un repas accompagné de vins d'Alsace », confie Frédéric
Voné. Ce maître-sommelier, qui exerce À la Cour d'Alsace à Obernai,
est parvenu en quarts de finale du concours du meilleur sommelier de
France et en finale du Master of Port. Pour lui fumer un bon cigare
est un prolongement naturel d'un repas gastronomique. Pour sa
démonstration, il avait choisi des vins provenant d'un unique
terroir, fait de schistes à Andlau, exploité par Rémy Gresser,
lui-même amateur de cigares. Différents cépages de plusieurs
millésimes ont été dégustés et associés à des cigares par des
professionnels des deux produits. Les vitoles du Honduras ou de
Saint-Domingue s'harmonisaient avec des vins minéraux, vinifiés
secs, surtout anciens, tel un pinot blanc 1983 et ses notes de
fruits secs, florales et végétales ; leurs arômes de poivre se
mêlaient agréablement au caractère épicé du pinot noir.
Lutte et harmonie
Pour les cigares plus puissants, les cubains se mariaient
idéalement avec certaines vendanges tardives ou sélections de grains
nobles : les sucres résiduels de ces dernières, adossés à une belle
acidité rafraîchissante et à une complexité aromatique, luttaient à
armes égales avec la générosité et la force des cubains. Frédéric
Voné, qui espère convaincre les amateurs de bonne chère à prolonger
leur périple gastronomique par un cigare, a déjà séduit un cercle
d'initiés de la région qui se retrouvent au sein du club de cigares
Le Fumoir des Mousquetaires pour partager, non seulement leur amour
de la fumée, mais aussi fêter la gastronomie et Bacchus. Ses membres
dégustent des cigares à l'aveugle, au Lucas Bar où les humidors
renferment 300 modules provenant de quinze variétés, et tentent de
les associer avec un mets et un cépage. Interrogé sur les
répercussions de la fumée sur les papilles gustatives, le sommelier
précise qu'il « fume le cigare depuis l'âge de 15 ans. Avec mes
pourboires, j'allais m'acheter des cigares à la civette. Le cigare
n'a pas altéré mes sensations gustatives ou organoleptiques. Mais
j'évite d'en fumer avant de déguster un vin ». Il estime que cela ne
l'empêche pas de disposer de tous ses moyens d'analyse pour
participer aux concours. Il se prépare d'ailleurs pour celui du
Meilleur ouvrier de France tout en continuant à postuler au titre de
meilleur sommelier de France.
Des cigares de différentes origines ont été confrontés à des
cépages issus du terroir schisteux d'Andlau afin de dégager une
association qui s'harmonise avec un repas.
Thierry Gachon |